Publié le : 03/03/2010

La prévention santé est-elle une utopie ?
On nous le dit sur tous les tons à grand renfort de spots télé et de campagnes nationales : il faut arrêter de fumer, réduire sa consommation d’alcool, diminuer le sel, le sucre, le gras dans son alimentation, rechercher le sacro-saint équilibre alimentaire, avoir une activité physique régulière, éviter de s’exposer au soleil.
Même si leur objectif est louable, les messages préventifs
sont de moins en moins audibles par la population, comme le démontre
une étude réalisée par l’Institut national de prévention et d’éducation
pour la santé en 2008*.
36
% seulement des Français se déclarent réceptifs, 23 % sont
indifférents, 15 % hostiles, 13 % méfiants, 13 % angoissés. certains
vont jusqu’à évoquer le retour d’un « totalitarisme », d’un nouvel
ordre moral. a minima, les messages apparaissent brouillés et parfois
contradictoires. comment prêcher pour la consommation de 5 fruits et 5
légumes par jour et servir des repas totalement déséquilibrés dans les
cantines scolaires ou dans les hôpitaux ? comment informer sur les ISt
(infections sexuellement transmissibles) et ne pas mettre réellement
des préservatifs à disposition dans les collèges et les lycées ?
Comment
justifier une mesure aussi discriminante que l’augmentation du prix du
tabac pour favoriser son arrêt ? les exemples ne manquent pas.
néanmoins, des pistes se profilent grâce aux nouvelles technologies et
à Internet.
L’échange, le partage d’expériences, ont la capacité de
faire évoluer les comportements et progresser les connaissances pour
peu que ces lieux de discussion soient modérés et les sites qui les
abritent authentiquement certifiés. Patrick Peretti-Watel et Jean-Paul
Moatti dans leur livre, Le principe de prévention*, citent le cas de la
Grande-Bretagne. l’élaboration des plans de santé publique est ouverte
aux associations et fait ensuite l’objet de larges consultations dans
la population. la prévention ne peut plus rester à la charge des seuls
médecins. Il est urgent que d’autres professionnels de santé
(pharmaciens, infirmières, diététiciennes…) s’y investissent, comme il
est nécessaire que ces territoires se multiplient. la prévention doit
entrer à la crèche, à l’école, à l’université, à l’hôpital, dans
l’entreprise, la ville, la région.
Il faut cesser de la
concevoir exclusivement sous l’angle de l’interdit et de la
stigmatisation, de l’aborder uniquement par le médical, le biologique
ou le scientifique. Considérer enfin le social et l’humain, rendre la
prévention à la cité est peut-être un des moyens de la réinventer.
![]()
Fabienne Attali
Directrice de la Rédaction